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COIN DE LECTURE




ccdcEt si la beauté rendait heureux, Thibault, Pierre, Cardinal, François, Les Éditions La Presse, 2016, 201 pages, 29,95 $.

À l'automne 2016, les Éditions La Presse publiaient ce recueil se traduisant par un dialogue que se partagent l'architecte Pierre Thibault et le journaliste François Cardinal, éditorialiste en chef de La Presse.

Le fils conducteur de ce dialogue? Et si la beauté rendait heureux. Est-elle nécessaire au bonheur? Les échanges se déroulent dans cinq lieux où beauté et bonheur se côtoient et se nourrissent. Quatre de ces espaces ont été créés ou aménagés par Pierre Thibault, alors que le cinquième, Copenhague, est une ville reconnue pour son innovation en architecture et en design urbain. Et oui c'est connu qu'il y a un lien entre la beauté d'un lieu et le bonheur des habitants que les auteurs nous démontrent clairement.

Bien entendu l'intégration des paysages au cadre bâti fait partie des réflexions et des échanges de ce court ouvrage. Trop souvent les architectes ont tendance à faire abstraction des paysages dans lesquels s'intègrent les nouvelles constructions, tant publiques que privées. Malgré la richesse des paysages du Québec, véritable richesse collective, ceux-ci sont de plus en plus banalisés, nous y accordons pas suffisamment de valeur, nous l'altérons, bref nous ne le comprenons pas. Nous oublions facilement la puissance de notre territoire. À l'instar de notre langue, les auteurs soulignent qu'un équivalent de la loi 101, cette fois pour la mise en valeur de notre territoire, serait nécessaire au Québec.

Pour les auteurs, ce ne sont pas les règles d'urbanisme, l'encadrement par des lois, ou même les gabarits et la hauteur des bâtiments qui permettent de bien penser nos interventions dans le paysage. Il faut davantage une planification intelligente, précisant les forces et les qualités d'un paysage à valoriser. Plutôt qu'une réglementation aveugle, totalement inefficace, il faut miser sur une lecture sensible du paysage, loin du mur à mur. Il faut s'attarder aux spécificités de chaque paysage.

Un court ouvrage très inspirant qui porte à réflexion sur l'importance de la beauté dans nos milieux de vie et de travail. L'importance de la beauté, pas pour la beauté en soi, mais bien pour notre mieux-être!



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ccdcLes chemins des Cantons-de-l'Est, Lemire, Stéphane, Séguin, Richard, Dallaire, Gilles, Les Publications du Québec, 2007, 175 pages.

Le 9 octobre 2007, les Publications du Québec et Tourisme Cantons-de-l'Est procédaient au lancement du livre Les Chemins des Cantons-de-l'Est ainsi que sa version anglaise Walking the Eastern Townships.

D'une exceptionnelle beauté, les 173 photos de cet ouvrage sont un véritable parcours de la diversité des paysages des neuf MRC des Cantons-de-l'Est : de l'Université Bishop's au canton de Lingwick, des ponts couverts de Cookshire aux vignobles de Dunham, de la falaise du mont Pinacle de Baldwin Mills au camp musical d'Asbestos, des vergers de Frelishburg au magasin général de Georgeville, ces escapades paysagères séduiront les amants de la beauté de la région. Tantôt prises en paysage rural, tantôt prises en milieu urbain, ces images de villages, d'arpents de terre, de montagnes et de lacs sont le fruit du travail de Stéphane Lemire, qui a fait ses premières armes à titre de photographe au quotidien La Tribune de Sherbrooke. Chacune des photos est agrémentée d'un cours texte de la plume de Gilles Dallaire qui a su traduire en mots la beauté des images.

Cet ouvrage, la sixième publications de la prestigieuse collection Coins de pays, est le fruit d'un partenariat entre le ministère des Affaires municipales et des Régions et les universités de Sherbrooke et Bishop's.



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ccdcLes Cantons-de-l'Est, paysages, histoire et attraits, Auclair, Marie-José, Laramée Paul, Les Éditions de l'Homme, 2007, 416 pages.

Publié au printemps 2007, cet ouvrage est un livre ouvert sur les Cantons-de-l'Est. Sans être un guide touristique proprement dit, ce livre renferme une foule d'informations sur la région en passant par la géographie, l'histoire et le patrimoine, la nature et le plein air pour se terminer par les arts et la gastronomie.

Abondamment illustré, le livre se divise en quatre sections. La première traite de l'édification des paysages uniques à la région et des facteurs ayant contribué à leur formation. La présence des Appalaches, l'un des grands ensembles géologiques du Québec méridional, explique le caractère vallonné et montagneux de la région. Dans la seconde section, le patrimoine occupe une large place puisque les ponts couverts, les granges rondes, les clôtures de perche centenaires, les églises de diverses confessions religieuses et les cimetières sont autant de témoins laissés par les pionniers. La mise en place des cantons, des anciens chemins (Magog, Craig et Gosford) et la toponymie unique donne à la région son caractère particulier. La troisième section est une invitation à visiter les différents attraits touristiques des Cantons-de-l'Est, notamment ses quatre parcs nationaux ainsi que les diverses activités que l'on peut y pratiquer. On y présente certaines initiatives uniques à la région, dont notamment le Corridor Appalachien, qui gère l'un des plus grands projets privés de conservation de la nature dans l'est du Canada. Ce territoire protégé couvre 289 500 hectares et inclus le massif des monts Sutton ainsi que le bassin versant du lac Memphrémagog et des sites périphériques comme le mont Pinacle et les milieux humides du lac Brome.

Sans être consacré exclusivement aux paysages, les auteurs nous rappellent constamment leur importance et leur beauté. Ils constituent d'ailleurs la trame de fond de la majorité des photographies de l'ouvrage.



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Paysages du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Caron, Jocelyn, Fortin, Marie-Josée et al., Conseil du loisir scientifique Saguenay- Lac-Saint-Jean, 2005, 228 pages.

Il est plutôt rare de trouver en librairie un ouvrage québécois portant sur les notions paysagères. Il est encore plus rare d'en trouver un dédié à une région particulière. C'est maintenant fait, puisque le Conseil du loisir scientifique du Saguenay- Lac-Saint-Jean avec la collaboration de plusieurs partenaires, a publié en 2005 un ouvrage très enrichissant sur l'histoire des paysages de cette région. La géographie, l'histoire, l'économie, le développement régional et l'aménagement du territoire sont autant d'éléments qu'utilisent les auteurs pour expliquer comment les paysages de cette région, uniques au Québec, ont évolué au cours des siècles.

Le premier chapitre présente succinctement l'évolution des paysages régionaux et dresse une liste des événements ayant eu un impact sur l'évolution des paysages de ce territoire. Les premières phases d'industrialisation dans les années 1920 et 1940, la construction de barrages et d'infrastructures industrielles liée à l'exploitation des ressources naturelles, la construction, en 1945, de la route 175 traversant la réserve faunique des Laurentides, la mise en place en 1985 du Programme de stabilisation des berges du lac Saint-Jean, et bien entendu les pluies diluviennes de l'été 1996 sont autant d'événements qui ont transformé le paysage régional.

Les auteurs rappellent que le 20e siècle a été très marquant dans les transformations du paysage, d'autant plus que la région possédait peu, à l'exception des villes de compagnies, de traditions en matière d'aménagement du territoire. Depuis les 25 dernières années, les schémas d'aménagement des MRC et les plans d'urbanisme des municipalités ont été mis en place pour mieux encadrer le développement du territoire.

Les 4 autres chapitres sont consacrés aux paysages naturels, ruraux, urbains et industriels.

Au plan paysager, la section consacrée aux villes de compagnies est fascinante. Reconnue pour la richesse de ces ressources naturelles et de ces cours d'eau, la région est vite devenue une cible de choix pour la grande industrie. Dès 1883, la compagnie Price fait construire quelques villages autour de ses scieries installées le long du Saguenay. Entre les années 1900 et 1930, plusieurs de ces types de villes (Val-Jalbert, Riverbend, Arvida, Kénogami, Port Alfred, etc.) seront construites un peu partout sur le territoire, ce qui explique qu'aujourd'hui la région soit l'une des mieux pourvues au Canada en villes de compagnies. La durée de vie de ses villes a évolué en fonction de la conjoncture économique du moment. Plusieurs n'existent plus qu'à l'état de vestiges, alors que d'autres ont été transformées en site touristique comme Val-Jalbert. Certaines ont été fusionnées comme Riverbend, qui fait maintenant partie d'Alma. Une visite dans le quartier de Riverbend est une expérience unique.

L'intérêt des villes de compagnies au plan paysager réside dans le fait qu'elles ont toujours été reconnues pour la qualité de leur paysage urbain et leur esthétique. Souvent inspirées du concept de cité-jardin développé en Angleterre, ces villes ont été construites à partir de plans d'urbanisme, fait inusité à l'époque, et proposaient un cadre de vie s'apparentant à celui des villes américaines ou anglaises. Il ne faut donc pas se surprendre en se promenant dans plusieurs municipalités du Saguenay-Lac-Saint-Jean d'avoir l'impression de faire un saut dans une autre époque. Le type d'aménagement préconisé à l'époque par les villes de compagnies pourrait être, aujourd'hui, une excellente source d'inspiration pour nombre de municipalités au Québec.


L'intérêt de cet ouvrage très convivial et destiné à un large public, est qu'il évite les considérations théoriques sur le paysage, mais tente plutôt d'expliquer par des exemples intéressants, des photographies très révélatrices et une approche multidisciplinaire, comment les paysages de la région ont été façonnés. Les auteurs analysent le paysage en allant bien au-delà de l'aspect visuel et de l'esthétisme. Mentionnons enfin que chacun des chapitres se termine par une section « À découvrir », soulignant les points d'intérêt en regard des paysages.



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Paysages en perspectivePaysages en perspective, Poullaouec-Gonidec, Phillipe et al., Presses de l'Université de Montréal, 2005, 360 pages.

Dans un contexte ou le paysage au Québec trouve un écho de plus en plus grand, ce livre représente un état actuel des connaissances, une entrée en matière fort pertinente prenant appui sur une multitude de cas concrets. La perception du paysage va bien au-delà du point de vue visuel et de l'esthétisme, il représente aussi l'un des points sensibles de nos milieux de vie et touche les aspects de l'aménagement du territoire. Aujourd'hui le paysage est d'actualité. Il est à la croisée des chemins entre les préoccupations environnementales, culturelles et économiques et devient un enjeu public.

Le bouquin aborde les trois principaux enjeux du paysages suivants : les paysages en territoires ressources, les paysages et les infrastructures et l'urbain en paysages.

Les paysages en territoires ressources
Le premier enjeu est relié aux territoires où les ressources agricoles, forestières et hydriques comptent parmi les principales activités économiques. On fait état, dans des chapitres distincts, des enjeux écologiques, économiques et esthétiques soulevés par la mise en valeur de ces trois ressources. Dans un chapitre consacré à la forêt, on s'interroge notamment de quelle manière le paysage a été pris en compte dans la mise en valeur du territoire forestier québécois. On propose également des balises pour assurer une véritable prise en compte du paysage dans l'exploitation de la ressource forestière.

Le paysage et le développement du secteur agricole fait l'objet d'un autre chapitre. Le texte dresse un bilan des principales transformations survenues sur le territoire agricole québécois qui ont affecté grandement les paysages. Les zones d'intensification agricole, la disparition des pâturages, l'extension de la friche, la disparition des cultures traditionnelles au profit des cultures intensives, la standardisation des bâtiments agricoles et le caractère multifonctionnel du milieu rural sont autant de facteurs qui ont façonné le paysage rural québécois actuel.

Pour clore cette section, on fait aussi état du concept de paysages humanisés, instauré en 2002 par la Loi sur la conservation du patrimoine humanisé. Ce concept met davantage l'accent sur la biodiversité par rapport aux dimensions esthétiques ou patrimoniales. Malgré l'intérêt de ce concept, il ne saurait être interprété à titre de statut de protection de beaux paysages.

Les paysages et les infrastructures
La seconde section, fort intéressante, porte sur les enjeux reliés à la mise en place d'infrastructures majeures. La prolongation de tracé autoroutier, le déploiement de réseau de transport d'énergie, la récupération de l'espace pour l'affichage publicitaire sont autant de thématiques qui viennent heurter les sensibilités paysagères. Le projet d'implantation, dans les années 1980, d'une ligne de transport d'électricité au-dessus du Saint-Laurent, à la hauteur de Grondines constitue l'un des éléments déclencheurs, parmi d'autres, de cette sauvegarde en faveur des paysages. La récente controverse entourant le prolongement de l'autoroute 25, dans l'est de Montréal, est un rappel des enjeux reliés à la mise en place de telles infrastructures.

Cette section comporte des chapitres fascinants, notamment sur les entrées routières de Montréal, qui malgré leur caractère emblématique avec le fleuve et le mont Royal, sont fortement dégradées et monopolisées par les afficheurs. Les entrées des ponts Champlain et Jacques-Cartier, les plus achalandés au Canada, qui offrent pourtant les plus belles vues de Montréal, sont devenues des sortes de no man's land, résultat d'un laisser-faire flagrant et d'un manque de vision dû entre autres, au recoupement des responsabilités entre un trop grand nombre d'acteurs. Cette superposition des responsabilités, la confusion des rôles et la concurrence entre les villes sont autant de facteurs qui ont fait que les entrées de villes constituent des espaces ayant échappé à toute tentative de contrôle en matière d'aménagement. Lueur d'espoir toutefois, puisque le nouveau plan d'urbanisme de la Ville de Montréal reconnaît l'importance de protéger ces entrées.

On ne saurait passer sous silence le dernier chapitre de cette section ayant trait à la relation entre le paysage et l'affichage. Contrairement aux autres types de médias, l'affichage s'impose dans le paysage sans qu'on puisse l'éviter, ce qui fait qu'il a toujours été contesté. Cette section dresse un portrait historique de l'affichage, présente ses impacts sur le paysage, particulièrement en milieu rural ou il est perçu comme une intrusion au paysage, une atteinte au site. On rappelle que depuis une dizaine d'années, on constate un rejet beaucoup plus clair que par le passé du phénomène publicitaire, notamment en ce qui concerne les afficheurs, qui s'approprient un espace public, le paysage, qui ne leur appartient pas. Ce chapitre fait également état des principaux enjeux économiques et législatifs de l'affichage et du rôle des municipalités et des nombreux acteurs concernés.

Tous les textes proposés dans ce livre ont été élaborés à partir de travaux de recherches et de réflexions à la Chaire en paysage et environnement de l'Université de Montréal. Malgré quelques considérations théoriques, particulièrement dans la troisième section de l'ouvrage, ce livre constitue une mine d'informations et de références bibliographiques pour tous ceux et celles qui ont des préoccupations en matière paysagère.



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Paysages ordinairesPaysages ordinaires, de la protection au projet, Dewarrat, Jean-Pierre et al., Architecture + Recherches/Mardaga, 2003, 95 pages.
Ce court essai se veut une réflexion sur une thématique rarement abordée en matière paysagère : les paysages ordinaires. Ceux-ci, qui forment pourtant la majorité des territoires, sont très largement terra incognita. Parce qu'il ne porte que sur des enjeux ordinaires, le paysage ordinaire a bien peu de chance d'attirer l'attention des instances publiques et des médias.

Les interventions en matière de protection paysagère s'effectuent sur des sites exceptionnels ou renommés, tels les parcs nationaux, les biens culturels protégés, les paysages exceptionnels, les marais, etc. Ces sites bénéficient d'un fort retentissement dans les publications spécialisées, les guides de voyages et les médias. Ils font tous l'objet de politiques de protection plus ou moins étendues et contraignantes, sont protégés par des régimes juridiques spéciaux, bref ces paysages exceptionnels justifient des moyens tout aussi exceptionnels. Au nom de la protection, les gestionnaires, les propriétaires et les usagers d'un paysage exceptionnel sont soumis à des règles spéciales, à des interdits (de démolir, de construire, etc.) inacceptables sur un territoire ordinaire.

Il est clair que les méthodes d'intervention pour les paysages ordinaires ne seront pas les mêmes que celles associées aux paysages exceptionnels. Contrairement à ces derniers, la protection est inopérante pour les paysages ordinaires. On ne protège pas le normal, le quotidien. La logique de protection est sans doute adéquate pour les paysages exceptionnels, objets de vénération collective, où se concentrent de multiples valeurs politiques, économiques, esthétiques, sociales, etc. et qui justifient des investissements importants. Mais par définition, tout ne peut être sacré. Il n'est pas possible d'étendre cette logique de protection au cas général des paysages ordinaires qui, contrairement aux démarches d'exceptions, demandent simplement à être intégrés et pris en compte dans les actions ordinaires, courantes, banales de l'aménagement local. Elle appelle une autre logique, celle du projet.

L'ouvrage nous rappelle que pour les paysages ordinaires, la question prioritaire n'est pas comment les protéger, mais comment les construire, les instituer, amener une collectivité à les reconnaître et à se les approprier comme tel. Une fois qu'une population s'est appropriée son paysage, les actions en découlent naturellement. Les plans, les projets, les changements de zonage, etc. ont des motivations claires pour tous.

Même si cet essai est adapté au contexte européen, il fait réfléchir sur la situation des paysages ordinaires québécois, qui sont pratiquement exclus de toute législation en matière paysagère, particulièrement pour ce qui est de l'affichage.




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Livre Combat patrimoineLe combat du patrimoine à Montréal (1973-2003), Drouin, Martin, Presses de l'Université du Québec, 2005, 386 pages.

Différent des autres villes du Québec, voire nord-américaines, le patrimoine montréalais possède une unicité du paysage qui lui est propre. La recherche de cette unicité et surtout la protection de celle-ci est un combat qui dure depuis plus de 30 ans. Ce livre rappelle les dures luttes urbaines en faveur de la reconnaissance du patrimoine urbain montréalais.

La sauvegarde de la maison Van Horne, rue Sherbrooke, qui se solda par sa démolition en septembre 1973, constitue le point de départ pour la reconnaissance du paysage bâti montréalais. À cette époque, rien ne semblait devoir être épargné! Montréal était déjà, à l'instar des villes anonymes américaines, « défigurée, bétonnée, vitrifiée, cimentée, sans âme et sans chaleur ». La gare Windsor, le couvent des Soeurs grises, les églises de Montréal, les maisons victoriennes et les quartiers anciens paraissaient vouer à la disparition. Depuis 1960 le maire Drapeau avait comme projet de faire de Montréal une « métropole du progrès », ville moderne avec ses nouveaux gratte-ciel, ses stationnements et ses nouvelles infrastructures routières. À cette époque, les permis de démolition étaient légion, les fonctionnaires responsables de leur émission posant peu de questions. On souligne avec ironie qu'une journaliste du défunt Montreal Star avait réussi à obtenir un permis de démolition de l'édifice... de son employeur.

Dès octobre 1973, un mois après la démolition de la maison Van Horne, l'organisme Sauvons Montréal, suivi deux ans plus tard par Héritage Montréal, devinrent des figures de proue dans le processus de sensibilisation des Montréalais à la disparition du paysage bâti. À cette époque l'émission de permis de démolition, la dégradation et l'abandon du paysage bâti étaient au coeur des principales luttes. La valorisation architecturale, l'appel à l'histoire et l'unicité du paysage constituaient les arguments de base utilisés en faveur de la protection du patrimoine.

À l'orée des années 1980, la dynamique urbaine connue d'importants changement. Le départ en 1986 de Jean Drapeau et à la mise en place d'un amendement à la Loi sur les biens culturels (qui permettait dorénavant aux municipalités de « citer » des biens sur leur territoire et de constituer des « sites du patrimoine ») allait changer la donne, ce qui eut un impact sur le cycle des démolitions. Cette époque mettra davantage l'accent sur des interventions de protection en faveur du recyclage, de la restauration ou de la rénovation sur des édifices menacés. La sauvegarde de la ville ancienne et la construction de la ville moderne pouvaient ainsi se conjuguer, par la conservation des traces de l'une et la possibilité pour la seconde de voir le jour. L'ouverture de la maison Alcan, rue Sherbrooke, inaugurait une ère nouvelle pour la sauvegarde du patrimoine à Montréal. Pour une première fois, le paysage urbain était non plus menacé de démolition, mais aménagé par des autorités et des promoteurs jadis conspués.

Les années 1990 seront consacrées non plus à la protection d'édifices historiques, mais plutôt à la défense de l'intégrité et de la diversité du paysage urbain. La constitution de l'arrondissement historique et naturel du Mont Royal, avec son paysage singulier et ses percées visuelles, confirmait les valeurs naturelles, panoramiques, écologiques de cet emblème fondamental de Montréal.

Ce bouquin rappelle tout le chemin parcouru pour la protection et la mise en valeur du patrimoine bâti et le rôle de tous les acteurs : groupes de sauvegarde, élus municipaux, promoteurs, journalistes, spécialistes, paliers gouvernementaux, etc. Malgré les progrès, l'auteur rappelle que le caractère unique et la diversité du paysage de Montréal demeurent encore des enjeux puisqu'ils sont constamment remis en question par l'uniformisation et l'homogénéisation grandissante du paysage urbain. Le fracas incessant des bulldozers et des marteaux-piqueurs ont fait place à un phénomène aussi désolant, la standardisation du paysage montréalais!

Ce bouquin fascinera tous ceux intéressés par les paysages, l'architecture, le patrimoine et l'histoire urbaine.



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L'Ordre des urbanistes du Québec se préoccupe de mettre de l'ordre dans l'affichage!

L'affichage constitue un dossier dans lequel Paysages Estriens intervient. La dernière parution de la revue de l'Ordre des urbanistes du Québec de juillet 2005, Urbanité, consacre son principal dossier à l'affichage au Québec. Intitulé Affichage, un peu d'ordre SVP, ce numéro est consacré à l'affichage extérieur et à sa relation avec l'espace et l'aménagement du territoire. L'intérêt de ce dossier est qu'il laisse la parole tant aux afficheurs qu'à leurs critiques. Les notions de base sur l'affichage, les aspects urbanistiques, l'analyse réglementaire, les pistes de solutions sont autant d'éléments qui sont traités dans ce numéro fort pertinent. Ce numéro est disponible gratuitement sur le site de l'Ordre au www.ouq.qc.ca/documents/Urbanite/affichage.pdf ou en appelant au (514) 849-1177. Bonne lecture et n'hésitez pas à nous faire vos commentaires!



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Quelle place pour une politique du paysage au Québec?, Géographes, numéro 14, décembre 2004, 57 pages.

Le numéro de décembre 2004 de Géographes, la revue de l'Association professionnelle des géographes du Québec (APGQ) consacre sa thématique à l'éventuelle place d'une politique du paysage au Québec. Les articles sont tirés des actes du Rendez-vous de la géographie du 29 octobre 2003. Quelques auteurs font un rappel de la place qu'occupe le paysage tant au Québec qu'en France. On s'interroge aussi sur les raisons militant ou non en faveur d'une politique du paysage au Québec. On souligne aussi en quoi le souci du paysage en France a amené ce pays à se doter d'une politique du paysage et de contrats de paysage. On y fait état des difficultés qu'éprouve le législateur français dans l'application de certains règlements, notamment ceux concernant les entrées de ville et l'implantation d'éoliennes. Des représentants de divers ministères du Québec font le point sur le rôle, les moyens et la volonté de leurs ministères respectifs à l'égard des paysages, qui ne fait pas encore partie de leur quotidien. Il est intéressant de noter les efforts de sensibilisation entrepris par le ministère des Affaires municipales, du sport et du loisir auprès des intervenants municipaux à l'importance de protéger et de mettre en valeur leurs paysages. Beaucoup reste à faire, d'autant plus qu'à l'heure actuelle il ne semble pas y avoir de pratique interministérielle très harmonisée à l'égard de la protection paysagère.

Il apparaît clair que la mise en place d'une future politique du paysage devra prendre en considération les préoccupations tant des secteurs environnemental, économique, esthétique, politique, individuel que collectif. On s'interroge aussi à savoir si le Québec ne possède pas déjà une politique informelle sur les paysages, tissée à partir des quelques lois et règlements en vigueur (Loi sur l'aménagement et l'urbanisme, Loi sur la protection agricole, Loi sur les biens patrimoniaux et Loi sur la conservation du patrimoine naturel ). On ajoute que si le Québec a une politique informelle du paysage, celle-ci gagnerait à devenir plus formelle et surtout plus sévère!



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Hands on the Land; A History on the Vermont Landscape, Jan Albers, MIT Press, 2000, 351 pages.


Publié en 2000, cet ouvrage fascinant traite des facteurs naturels, environnementaux, sociaux et humains qui ont façonné, à travers l'histoire du Vermont, les paysages urbains et ruraux de cet État. Abondamment illustré de superbes photographies, cartes et graphiques, cet ouvrage est accessible à tous ceux et celles qui se préoccupent des impacts de l'Homme sur son environnement physique et des conflits d'utilisation du territoire qui se perpétuent encore aujourd'hui. On y relate, entre autres, les effets engendrés sur les paysages au cours des 400 dernières années, par la colonisation, l'agriculture, l'élevage, la foresterie, l'industrialisation et la mise en place d'un cadre législatif. Le développement des banlieues, perceptible à partir des années 1940 et la croissance démographique galopante à partir des années 1960 ont eu des impacts importants, particulièrement sur les paysages ruraux, qui constituent l'une des particularités du Vermont. Cette situation a incité cet État à adopter des législations en gestion du territoire, notamment l'Act 250, adopté en 1970, qui intègre des notions d'esthétique dans les projets de développement. La mise en place de cette loi, malgré ces imperfections, fait de cet État l'un des plus avant-gardistes en matière d'aménagement.

Rappelons que le Vermont, situé au sud de l'Estrie, est non seulement le premier à avoir introduit la notion de paysage dans un cadre législatif mais aussi l'un des quatre États américains à interdire complètement depuis 1968 l'affichage publicitaire le long des routes. Deux ans plus tard, une loi sur le contrôle de l'utilisation du sol, le Vermont Land Use Regulatory Act (Act 250), était adoptée pour les grands projets et l'impact de ceux-ci sur l'environnement et le paysage. La mise en place de ce cadre législatif, contrairement aux craintes du départ, n'a pas ralenti le développement de l'industrie touristique dans cet État, au contraire. En 1997, le Vermont a fait évaluer, par une commission indépendante, l'impact de la réglementation de 1968. L'intérêt et l'efficacité de ces mesures ont été confirmés.

Ce livre rappelle que l'étalement urbain, ses conséquence sur les paysages et les coûts économiques engendrés par celui-ci constitue, à l'heure actuelle, la principale menace environnementale du Vermont. Cette menace a été confirmée en 1993 alors que le National Trust for Historic Preservation, basé à Washington, a inclut le Vermont dans sa liste des 11 endroits aux États-Unis les plus menacés par l'étalement urbain. Le dernier chapitre de cet ouvrage est fascinant puisqu'il rappelle les efforts consentis pour freiner l'étalement urbain. On fait référence, entre autres, au pouvoir de certaines municipalités qui ont légiféré en ce qui a trait à la venue des grandes surfaces.

Ce livre, qui est l'oeuvre de Jan Albers, professeur d'histoire à Yale, s'est vu attribuer plusieurs prix pour l'excellence de son propos.

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